UN DANGER GRANDISSANT : LA LEISHMANIOSE
La leishmaniose est une maladie parasitaire grave du chien, souvent mortelle, transmise par un moustique, appelé phlébotome, qui ne sévit que dans les pays chauds et qui semble progresser dans des lieux jusqu’alors préservés suite à un réchauffement climatique que l’on constate actuellement. L’agent responsable est un protozoaire parasite microscopique du sang appelé leishmanie, dont on ne vient jamais à bout avec tous les traitements que l’on peut instituer et contre lequel aucune vaccination ne prémunit. Cette maladie est mortelle pour le chien à plus ou moins longue échéance, et peut être transmissible à l’homme, même si ce n’est pas très courant en Europe.
L’EXTENSION GEOGRAPHIQUE DE LA LEISHMANIOSE :
La Leishmaniose se développe dans différentes parties du globe, où la transmission à l’homme est privilégiée par une population humaine souvent déficiente et des conditions de vie plus propices à sa propagation. Nous ne parlerons que de la leishmaniose canine qui sévit dans nos régions européennes. En Europe la leishmaniose sévit principalement sur le pourtour méditerranéen, dans un mode endémique et avec un certain réchauffement climatique, cette endémie au lieu de rester sur la côte, va se perdre dans les terres et c’est valable pour tous les pays situés autour de la Méditerranée, la Grèce, l’Italie, le Portugal, les pays de l’ancienne Yougoslavie, l’Espagne. Ce réchauffement déplace, ou plutôt intensifie la progression de la maladie du Sud vers le Nord. En France jusqu’en 1987, on disait qu’il y avait deux zones où sévissait la leishmaniose, la région de Montpellier et la région de Marseille Côte d’Azur. Dans ces zones endémiques on peut penser que la leishmaniose atteint entre 30 à 70% de la population canine. A partir de cette date, on trouve des foyers dans les Pyrénées, l’Aveyron, le Lot, le Lot et Garonne et surtout une remontée dans la vallée du Rhône, jusque dans la région lyonnaise. S’il y a progression de la maladie vers le Nord, c’est parce que le biotope du moustique, demandant de la chaleur, se déplace vers le Nord avec le réchauffement climatique et on pourra ainsi dire que, où il y aura le moustique, la maladie pourra se propager et que la maladie se propagera dans le Nord aussi loin qu’il y aura des phlébotomes. D’emblée il est donc important de protéger son chien lorsqu’on réside ou que l’on va en déplacement dans ces régions traditionnellement infectées et tout aussi important de prendre en compte ces nouvelles régions, dans lesquelles on ne pense pas encore spécialement à prendre des précautions pour nos chiens.
LE PARASITE DE LA LEISHMANIOSE, LA LEISHMANIE
La leishmanie est un parasite unicellulaire qui ne peut être et se développer que dans un être vivant, soit dans le vecteur : le phlébotome, soit dans le réservoir : le chien. Suivant le stade, la leishmanie, se présente sous deux formes : soit flagellée, la forme promastigote quand elle est chez le moustique, soit non flagellée, la forme amastigote, quand elle est dans le chien. Le flagelle est l’organe moteur pour les déplacements de la cellule parasite. Le phlébotome a besoin de se nourrir de sang pour que son cycle biologique se fasse et pour cela il pique un chien en lui inoculant sa salive infestée de leishmanies, qui vont aller se développer dans des globules blancs, les macrophages, cellules immunitaires du chien. Les leishmanies en perdant leur flagelle se multiplient dans ces cellules, puis vont dans tout le corps, les organes, les ganglions. Le phlébotome qui va alors venir prendre un repas sanguin, va aspirer des leishmanies en même temps que le sang. Ces leishmanies vont se développer dans tout le tube digestif du phlébotome et enfin remonter dans les glandes salivaires situées près des pièces buccales perforatrices. C’est à ce moment là que la cellule reprend son flagelle pour mieux pouvoir se déplacer. Entre le moment de la contamination du phlébotome et le moment où il peut retransmettre le parasite, il se passe une période d’environ 15 jours.
LE VECTEUR DE LA LEISHMANIOSE, LE PHLEBOTOME
Autrement appelé « mouche des sables « le phlébotome, comme son nom l’indique, provoque des coupures dans les veines. C’est un petit moustique velu mesurant de 2 à 4 cm ne possédant qu’une paire d’ailes, qui vole le soir et la nuit sans faire de bruit. La journée il s’abrite dans les fentes des murs, dans la terre, toujours près de l’eau, ou des endroits humides. Dès le soir tombé, il est attiré par la lumière, entre les habitations recherchant toujours les endroits humides, les caves, les garages et …. Les chenils. On le rencontre dans les régions allant de 100 à 500 m d’altitude, soit dans la campagne, ou en pourtour de ville où il affectionne les parcs et les jardins, depuis le mois d’avril jusque dans le mois d’octobre et on peut constater, que depuis un certain temps avec le réchauffement, on le voit apparaître de plus en plus tôt dans la saison, dès le mois de mars. En hiver, les phlébotomes sont cachés dans les fentes de constructions comme les larves prêtes à repartir dès les beaux jours revenus. Dans la nature, mâles et femelles se nourrissent de sucres contenus dans la sève des plantes, et seules les femelles doivent se nourrir au moins une fois de sang, pour que leurs oeufs puissent se développer. C’est au cours d’un repas sanguin, sur un chien malade, que le phlébotome s’infecte, les leishmanies se multiplient alors dans le tube digestif du phlébotome, puis remontent vers les glandes salivaires et c’est également au cours d’un deuxième repas sanguin, qu’en aspirant le sang d’un chien sain, elles injectent dans la peau du mammifère de la salive contaminée par les leishmanies. La durée du cycle chez le moustique est d’environ 15 jours. Le phlébotome est dit vecteur de la leishmaniose, mais toutes les espèces de phlébotomes ne sont pas contaminantes. Le phlébotome fait la liaison entre les chiens et ainsi le cycle peut se faire grâce à lui.
LE RESERVOIR, LE CHIEN
Le chien malade ou en incubation est le réservoir de la leishmaniose et c’est en le piquant pour se repaître de son sang que la femelle phlébotome se contamine. Elle va aller contaminer un autre chien sain, toujours en voulant se nourrir de sang. Si on regarde bien, on peut voir l’endroit de la piqûre, car à cet endroit se forme un bouton en relief, avec un point central nécrosé, c’est ce qu’on appelle le chancre d’inoculation. Encore une précision, la piqûre du phlébotome se trouve souvent sur le museau près de la truffe ou à la base des oreilles. La maladie met 3 mois au plus tôt pour apparaître, mais le plus souvent, les premiers symptômes apparaissent plus tard, voire après plusieurs années. En hiver, les moustiques disparaissent et aux beaux jours, les jeunes moustiques viennent se contaminer dans le réservoir que constitue le chien malade. Quand les premiers symptômes arrivent il faut compter que l’évolution vers l’issue fatale soit d’environ 6 mois. Un chien ne contaminera jamais un autre chien, car il faudra obligatoirement le passage dans le phlébotome et si on voulait arrêter la maladie, il suffirait de détruire complètement le phlébotome vecteur, mais ceci est une autre histoire.
LA MALADIE CHEZ LE CHIEN
Au début de l’incubation, les chiens semblent en très bonne santé, puis insidieusement les premiers signes de la maladie arrivent, avec des accès de fièvre, suivis de signes cutanés. D’abord une PERTE DE POILS SEVERE et plus particulièrement au niveau de la tête, sur le museau et autour des yeux, comme si le chien portait des lunettes, au niveau du cou et sous la cage thoracique. On est étonné de voir autant de PELLICULES, sur une peau sèche, dure, et crevassée. Les GRIFFES peuvent pousser de manière anormale, grandir, devenir cassantes. Des LESIONS ULCEREUSES apparaissent au niveau de la truffe en se creusant aussi bien sur les bords qu’au centre, sur les oreilles et même sur les membres surtout aux articulations où il y a frottement sur le sol, les coudes, les jarrets. Toutes ces lésions arrivent en même temps qu’une certaine apathie, une perte de vivacité. Le chien maigrit, ses muscles fondent alors que l’appétit reste, il a mal aux articulations qui gonflent, des ganglions apparaissent sur le corps et une insuffisance rénale vient encore compliquer tout cela. Le chien ne veut plus se lever, reste couché et la mort viendra le prendre dans un état de cachexie très avancée. Parfois les choses diffèrent, on peut constater seulement des symptômes d’insuffisance rénale, parfois des phases d’anémie, de faiblesses entrecoupées de périodes de rémission, parfois simplement des saignements de nez chez un chien presque normal. On croit même parfois, lors de ces phases de rémission, que l’animal n’est plus malade. Il n’y a pas de symptômes vraiment caractéristiques de la malade et il faut bien le dire, le diagnostic médical n’est pas toujours facile et c’est seulement avec l’aide du laboratoire, qu’on pourra donner un nom, la Leishmaniose à cette maladie sournoise. Si aucun symptôme n’est caractéristique de la maladie, il faut être sans arrêt vigilant et si votre chien, surtout en zone endémique présente un symptôme, ou une association de symptômes, une lésion pouvant faire penser à la Leishmaniose, une consultation chez votre vétérinaire est nécessaire. Un examen sanguin d’abord, puis un prélèvement éventuel de moelle osseuse permettra d’affirmer ou d’infirmer la maladie. Un traitement avec des injections quotidiennes d’abord, puis espacées ensuite permettra de blanchir l’animal, mais ne le guérira jamais, car il reste toujours des leishmanies dans le corps pouvant faire repartir la maladie et les rechutes sont toujours à craindre….. vers l’issue fatale. La période d’incubation oscille généralement entre 3 et 18 mois, mais la maladie peut mettre plusieurs années avant de se déclarer, lorsque l’animal est partiellement résistant et ainsi un chien du Nord de la France peut très bien déclarer la maladie un an voire plus, après un séjour dans le Midi de la France.
TRAITEMENT
Le traitement de la Leishmaniose canine est difficile, les médicaments utilisés coûteux et exigeant une administration répétée, ce qui est contraignant, pour l’animal comme pour le propriétaire. D’autre part, nombre de ces médicaments ont des effets indésirables. Le Glucantim ND dérivé de l’antimoine est utilisé en injections répétées, en association éventuelle avec l’allopurinol par voie buccale. Votre vétérinaire instituera la périodicité des injections, car les dérivés de l’antimoine peuvent être toxiques. Les récurrences de la maladie clinique sont fréquentes après le traitement car il n’y a pas de guérison parasitologique de la maladie, c'est-à-dire que le chien reste porteur à vie du parasite. Le traitement vise à diminuer les signes cliniques et ces dernières années, les durées de traitement se sont prolongées, peut être à cause de l’apparition de résistances du parasite aux médicaments usuels. C’est pour cela qu’il faut utiliser des agents différents chez le chien et l’homme, pour éviter l’apparition de telles résistances.
TRANSMISSION A L’HOMME
L’homme peut contracter la maladie et chez lui deux formes peuvent se présenter : la Leishmaniose cutanée, souvent guérissant rapidement sauf chez les hommes déficients et la Leishmaniose viscérale, appelée le Kala- Azar en Inde, mortelle, absente dans nos pays européens. En Europe le risque de transmission de la maladie à l’homme est faible, environ 30 cas par an et ce sont des individus au système immunitaire défaillant qui sont touchés. En outre chez l’homme la Leishmaniose se traite facilement. De plus en France le phlébotome s’attaque principalement aux chiens, peu à l’homme et souvent en dernier recours s’il n’a pas trouvé de chien. Quant aux chats, il existe une résistance innée à la leishmanie.
PREVENTION
Il n’existe aucun vaccin pour protéger votre chien de façon définitive et pour le protéger, il faudra prendre des précautions pour qu’il ne soit pas au contact du phlébotome piqueur. Le soir et la nuit, rentrez bien votre chien dans la maison surtout de mai à octobre, car c’est le soir que le moustique est actif. Dans certaines régions du Midi, la tradition de laisser les chiens dehors et même de favoriser la divagation canine, ne pourra que favoriser l’expansion de la contamination. Et pour écarter le moustique du chien la pose d’un collier anti-moustique à la delthamétrine sera très efficace. Ce collier que vous trouverez dans le commerce sous le nom de SCALIBOR produit par le laboratoire Intervet, permet de libérer la deltamétrine dans la couche lipidique de la peau du chien par contact et non par évaporation autour du chien et de ce fait il n’y aura aucune incidence sur la santé du propriétaire. Ce collier inodore, efficace même quand le chien est mouillé le protègera quasiment à 100% et sa durée d’action de 5 mois suffira pour le protéger pour une saison, si vous lui mettez fin avril. Efficace contre les phlébotomes, il l’est également contre les autres moustiques porteurs de la dirifilariose, autre maladie du sang et contre les tiques.
Docteur Vétérinaire, Jacques Mulin